Alors, comment se passe votre week-end ?
Dans le Flow 64, j'expliquais comment naissent les idées.
Les idées naissent d’une étincelle d’émotion. Une idée qui part de l’intellect a du mal à trouver le souffle pour se développer. J’ai besoin de laisser venir l’émotion pour qu’elle grandisse.
Que se passe-t-il ensuite ?
Que devient l’idée ?
Si elle se développe, elle devient un texte, un essai, peut-être une nouvelle. Et puis, il y a des idées plus grandes qu’elles-mêmes, celles qui en génèrent d’autres, font naitre d’autres émotions, celles qui contiennent la possibilité d’un monde. Celles-là sont d’une autre sorte. Elles ont le potentiel pour faire naitre un roman.
Un roman démarre donc aussi par une idée, une toute petite, un rien du tout.
Au début, on capture cette émotion, comme toutes les autres, pour ne pas qu’elle s’enfuie. Elle devient alors une note sur un morceau de papier, sur un téléphone, une voix sur un dictaphone.
Ensuite, il y a une sorte de magie qui s’opère, d’une toute petite idée nait un texte un peu plus fourni. On imagine un personnage, un symbole qui l’incarnera, puis d’autres personnes apparaissent. Des lieux aussi, d’abord un lieu symbolique pour nous, un lieu au départ qui entretient l’émotion. À mesure qu’elle grandit, d’autres lieux apparaissent. Le texte peut devenir une épopée, un road movie, une odyssée.
Il est amusant de se rappeler de l’histoire d’un texte, de l’idée de départ, de la manière dont elle s’est développée. Le cheminement est souvent perdu à l’issue de la création. Seul reste le texte final.
Pourtant, alors que je suis dans l’écriture de mon premier roman, je repense avec plaisir à l’idée de départ, l’endroit où finalement le texte a germé.
Je me souviens de ce train pour La Rochelle en février 2020, de la brume qui l’entourait, de la mélancolie, de la musique que j’écoutais, It’s probably me. J’ai ouvert mon ordinateur et j’ai commencé à écrire, l’histoire d’un homme dans un train pour la Rochelle. Que fait-il là ? Où va-t-il ? Pourquoi à La Rochelle ?
Une fois à La Rochelle, j’ai repensé à cet homme. Je le voyais évoluer dans la ville, habiter les lieux. J’enquêtais sur son passage. J’observais, je questionnais le monde.
Alors, que nous dinions ma femme et moi dans un restaurant avec une déco d’inspiration marine, je me souviens avoir pris note mentalement du filet au mur, de la bourriche avec faux crabes et langoustes, des écoutilles. Tout cela était autant d’occasions de faire le plein d’images, d’objets pittoresques qui pourraient peut-être me servir dans mon histoire. Après le repas, je me suis retrouvé à chercher du vocabulaire marin pour compléter ma description mentale. Je sais maintenant ce qu’est un pavois et un sabord !
Alors, oui, j’ai observé et j’ai écrit. À mon retour, j’avais une nouvelle complète. Mais mon personnage voulait vivre au-delà de ce cadre trop étroit pour lui. Il y avait un avant et un après. Le texte avait du potentiel. Alors, je n’ai pas publié la nouvelle et je l’ai gardé avec moi, pour continuer à la nourrir.
La suite est plus active, plus méthodique. D’autres idées s’y sont agrégées, mais la simple agrégation ne suffit pas à faire un roman.
Entre l’idée, la nouvelle et le synopsis puis le texte long, il y a un monde. Dans le premier monde, une idée nous tombe dessus. Dans le second, il y a l’intentionnalité, une phase de construction méthodique pour donner vie à des personnages cohérents et raconter un truc qui soit à peu près intéressant.
On n’est d’ailleurs jamais vraiment sûr de l'intérêt de son texte, du moins pas quand on apprend. Lorsqu’on se fait la main, le doute domine. L’auteur doit chasser le doute dans le roman, dans l’histoire, en posant des hypothèses et en faisant des choix. Mais ce doute ne disparait jamais dans la tête de l’auteur. Il y reste, pour le meilleur et pour le pire.
Cette histoire je l’écris encore, avec l’espoir, que dis-je, la ferme intention d’aller au bout de l’aventure. Cette aventure de l’écriture, je vais continuer à la documenter, comme je le fais ici, pour partager mon voyage. Accrochez vos ceintures, et merci de me lire.
Et si vous êtes autrices ou auteurs, je pense qu’il est intéressant de documenter vos projets. L’avantage de garder une forme de journal, une trace, c’est de pouvoir remonter aux origines d’une idée, la toute petite idée, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. De figer dans le temps, les émotions et les étapes de la création. C’est un moyen d’offrir une manière privilégiée de rentrer dans votre univers créatif.
Ce texte est né d’une belle ironie. J’avais pensé vous parler d’identité aujourd’hui. J’ai commencé à écrire un texte là-dessus. Je sentais qu’il était trop abstrait, que je commençais par m’y perdre. Il a perdu son souffle, parce qu’il partait de l’intellect, pas de l’émotion. Repartir de l’émotion qui m’a aidé à trouver la voie. Je pense que c’est une bonne leçon pour les auteurs. Lorsque l’on se sent bloqué, il faut revenir à l’émotion. Un bon texte vibre sur la page blanche.
Podcast
Cette semaine, le podcast Double Vie accueille Cécile Duquenne.
Le parcours de Cécile Duquenne donne le vertige tant on a l’impression qu’elle est capable d’être présente sur tous les fronts. Avant tout, Cécile est autrice, avec plus d’une dizaine de titres à son actif, couvrant de nombreux genres : thriller, fantasy, space opera, fantastique, etc. Elle est également coach littéraire et fondatrice de sa propre école d’écriture, l’école d’Écriture 2.0, qui connait un rapide succès aujourd’hui.
🎧 À écouter sur la page Double Vie.
À retrouver également sur Apple Podcast.
La dose de flow
Musique
L’inspiration musicale de cette semaine, c’est une vidéo d’un guitariste inconnu, jouant du Flamenco dans une rue de Cáceres. C’est beau, puissant et brut, pour le plaisir de la musique et de l’instant.
Inspiration
Je n’ai jamais parlé d’architecture comme source d’inspiration. Je viens de découvrir Javier Senosiain, un architecte mexicain et je trouve que ses travaux nous transportent dans un autre monde. D’une baleine au serpent à plumes Quetzalcoatl, ses travaux sont magnifiques et donnent réellement envie d’y séjourner (c’est apparemment possible dans le Nid de Quetzalcoatl).
Vous pouvez aller voir ses travaux sur l’architecture organique sur le site BubbleMania : Javier Senosiain Architecture Organique Mexico, Mexique.
À suivre
Je suis frustré cette semaine, car je n’ai pas assez écrit sur mon roman. Le boulot, des imprévus, c’est la vie. Ça ira mieux la semaine prochaine 😊
Je m’engage à faire le max pour vous dire dans la prochaine lettre, je suis content, j’ai bien avancé 🥳
D’ici là, je vous souhaite un merveilleur week-end !
— mikl 🙏