Alors, comment se passe votre week-end ?
Il y a quelques semaines, je lisais un court texte de Seth Godin sur l’identité: Identity and Ideas. Il m’a plongé dans une réflexion qui se poursuit jusqu’aujourd’hui et me hante presque.
C’est vrai, l’identité est une notion étrange.
L’identité nous définit en profondeur, de manière unique. Lentement, au travers de l’éducation, on nous apprend à la forger. De la carte d’identité aux fiches de personnage dans les jeux de rôle, elle est unique, figée. Elle finit par nous définir. Nous sommes cette identité, cette représentation que nous brossons de nous même, de plus en plus finement au cours de notre vie. L’identité est la cristallisation de l’injonction à être soi-même.
Pourtant, l’identité n’est qu’une fabrication, un objet mental.
Nous nous identifions à un groupe, des idées, des croyances. Si une idée auquel nous croyons est remise en cause, c’est notre être propre qui est attaqué. C’est le cœur de la période de radicalisation politique que nous vivons, qui conduit à embrasser une idée, un groupe, jusqu’à ne faire qu’un.
Les idées dont nous parlons ici sont bien plus que des opinions. Une opinion nous change superficiellement. L’identité se compose d’idées, de principes atomiques qui s’équilibrent dans un système. C’est une construction mentale, une cristallisation de notre propre image qui nous aide à vivre en fixant un cadre général, de notre comportement à nos valeurs.
L’identité n’est donc pas figée, mais sa profondeur, son fonctionnement en système interconnectent en un tout plus ou moins cohérent tous les aspects de notre personnalité. Elle ne peut qu’évoluer lentement, par à-coups, parfois par choc.
Une identité change dans la tension, parfois la douleur. C’est pour cela que les changements d’identité sont au cœur des scénarios, des romans aux séries télé.
Un des grands principes de l’analyse des histoires a été théorisé par Joseph Campbell dans la Parcours du Héros (The Hero’s Journey). Les travaux de Campbell sont devenus une sorte de recette universelle depuis que George Lucas a utilisé cette approche pour imaginer Star Wars.
De l’appel de l’aventure à la rencontre de mentors successifs, le parcours du héros n’est finalement une histoire de transformation, de changement d’identité.
Cette transformation forme le cœur des grandes histoires. Les autres aspects du parcours du héros ne sont souvent que circonstanciels. Se concentrer sur le changement d’identité simplifie l’approche de Campbell. L’auteur ou l’autrice est plus libre d’innover sur les ressorts de la transformation eux-mêmes
Une histoire est souvent passionnante quand elle se place exactement dans ce moment de ce changement d’identité, de ce moment de transition et de conflit.
Cette histoire de changement est aussi un puissant moteur de développement personnel. Changer sa vie, c’est changer d’identité, c’est changer le cœur de ce qui nous définit, par un travail mental, un glissement dans sa manière de voir le monde, de se voir dans le monde.
C’est pour cela que les histoires qui réussissent à faire vivre ces transformations résonnent tant chez le lecteur ou le spectateur. De Breaking Bad à Au Revoir Là-Haut en passant par le Comte de Monte-Cristo, tout est transformation.
Ces histoires sont des démonstrations de la malléabilité de l’humain, de sa capacité à changer d’identité et donc à vivre plusieurs vies, à se réinventer.
Nous n’avons qu’une seule vie, mais l’identité fait tellement partie de nous que nous avons besoin d’une mue pour en changer, d’abandonner notre ancienne peau pour vivre une nouvelle vie.
On parle d’ouvrir un nouveau chapitre, comme dans ces histoires de transformation que nous aimons tant, car, après tout, la vie n’est qu’une histoire qu’on se raconte.
Podcast
La semaine prochaine le podcast Double Vie accueille Morgan of Glencoe. Morgan est autrice, musicienne et conteuse. Elle a construit autour d’elle un univers fascinant et cohérent qui se retrouve dans sa musique et dans ses histoires.
Pour patienter, vous pouvez écouter le dernier podcast, un épisode passionnant dans lequel Estelle Faye nous parle de sa passion pour l’écriture et la création.
🎧 À écouter sur la page Double Vie.
À retrouver également sur Apple Podcast.
YouTube
J’ai publié une courte vidéo sur les piliers de la créativité. On sent que je suis encore en rodage le format vidéo (je ne tournerai plus dehors à Paris, même un jour calme, car il y a trop de bruit), mais cela peut malgré tout vous intéresser.
La dose de flow
Musique
J’évoquais cette semaine avec des amis, la musique « arabisante » et le kitsch. Dans cette droite ligne, voici un morceau du groupe de métal tunisien Myrath (merci Noëmie !). Je pense que cela coche les deux cases, mais je vous laisse apprécier.
Inspiration
PBOY, alias Pascal Boyart est un peintre engagé, engagé par exemple contre la centralisation. Il n’a plus de compte bancaire et stocke son argent en cryptomonnaie.
C’est un peintre de Street Art, qui fait des fresques éphémères, qu’il « vend » (ou fait sponsoriser) sous la forme de NFT (Non fungible Token). C’est une manière pour un artiste de vendre en cryptomonnaie un titre de propriété virtuelle sur une œuvre qui est un bien commun, public ou digitale. Étonnamment le concept se prête très bien au financement participatif du Street Art.
Il est notamment connu pour sa fresque sur la liberté guidant les gilets jaunes (dont je ne suis pas très fan), mais aussi pour sa fresque sur Delacroix, dans la droite ligne de ses convictions sur les cryptomonnaies.
Sa dernière œuvre est une version de la fresque de la chapelle Sixtine, peinte dans une ancienne fonderie de métaux précieux. Un documentaire a été tourné sur cette aventure, The Underground Sistine Chapel. Il est diffusé cette semaine au Grand Rex et dès la semaine prochaine en ligne :
À suivre
Vous sentez, vous aussi, le temps s’étirer, l’activité ralentir, comme chaque année à l’approche de l’été ? Cette fois encore, c’est un soulagement.
J’aborde l’été comme une grande respiration, nécessaire après les mois en apnée de la crise sanitaire.
Cette année, plus que jamais, j’ai du mal à voir au-delà de cette pause qui arrive, mais je l’aborde avec sérénité et un seul objectif, écouter la belle histoire que me raconte mon intuition.
D’ici là, je vous souhaite un merveilleux week-end !
— mikl 🙏