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infrastructures & fictions
Le Flow 76 31 juillet 2021 5 min de lecture

Difficultés

Où je parle de la difficulté des choses difficiles, de Slash et de Mehdi Bayad.


Alors, comment se passe votre week-end ?

Un texte, une vidéo, un scénario. Tout commence le plus souvent par une question, un simple pourquoi qui nous emmène bien loin, dans des terres inconnues.

Quelle question sera le point de départ du jour ?

Pourquoi les choses difficiles à faire sont-elles difficiles ?

Pourquoi est-ce qu’on les trouve difficiles, au point de parfois abandonner ?

Il y a derrière ça un phénomène psychologique, une forme de barrière, que l’on peut expliquer rationnellement.

Avec des courbes simples.

Voici la première courbe :

=

Cette courbe montre ce qui se produit lorsque nous abordons une nouvelle activité, une nouvelle discipline.

D’abord, la difficulté. La difficulté est énorme au début, intimidante, écrasante. Chaque fois que l’on s’y met, on se rappelle que l’on ne sait rien, on a l’impression que l’on n’y arrivera pas. Puis, petit à petit, on acquiert la technique, on maitrise le sujet. La difficulté s’efface.

En regard, il y a le facteur motivation. C’est la motivation qui nous aide à continuer, grâce à l’impact de notre action. Il peut être mesuré de différentes manières imparfaites, par exemple aujourd’hui avec le nombre de lecteurs, d’abonnés ou de followers.

Il n’est généralement pas proportionnel à l’effort que l’on met dans notre exercice. Il croit souvent simplement avec le temps. On peut l’accélérer un peu, souvent par chance, mais globalement il faut du temps pour qu’un message, notre message se propage.

Les deux courbes montrent que jusqu’au point de bascule, nous avons l’impression de faire un effort disproportionné pour un résultat en dessous de nos attentes.

Le risque est donc d’abandonner trop tôt une entreprise difficile, de lâcher avant le point de bascule.

Une fois que le point de bascule est passé, nous tirons le résultat de notre effort. C’est le moment où l’on se dit que l’on « perce », le point où l’impact dépasse de loin notre effort pour l’obtenir. Les résultats se composent souvent et donc l’impact s’accélère. C’est ce qui donne l’impression pour un observateur extérieur que le succès a été rapide. Il ne voit que la fin de la courbe.

Plus tard, nous réinterprétons notre propre parcours comme ça :

Nous avons l’impression que le chemin a été linéaire, mais ce n’est que la composée des deux courbes.

Ce qu’il faut retenir, c’est une loi presque universelle. L’impact vient avec le temps, il est décorrélé de l’effort. Il faut donc être patient dans toute entreprise.

Cela ne vaut pas dire qu’il ne faille pas s’adapter, qu’il ne faille pas analyser son travail, changer des choses, améliorer son message ou son positionnement. Il faut aussi être malin et réfléchir, mais, il y a un temps minimum pour tout. Incompressible.

Pour corser le tout, il y a aussi un effet tunnel, une zone d’ombre, une grande phase dans laquelle on a peu de retours sur son effort, où l’on ne sait pas si l’on rame dans la bonne direction. On ne sait même pas si on avance, en réalité.

Cet effet tunnel accroit les doutes et l’envie d’abandonner.

Pourtant, il est faux de dire que l’on n’a pas de visibilité sur la qualité de son travail.

Il faut s’intéresser à chaque projet, un par un. Par exemple, pour chaque vidéo que je réalise, chaque nouvelle que j’écris, je vis cet effet tunnel à plein. Je pars d’une idée. Je construis. Et j’avance. Il y a pourtant toujours une zone d’ombre, même à cette échelle du projet, un moment où l’on ne sait plus si le projet vaut la peine, un moment où le temps pour le réaliser s’étire et où le résultat, le travail en cours est toujours encore brouillon.

Il existe pourtant un antidote. S’accrocher à la courbe d’effort et d’impact et apprendre à se faire confiance. Il faut repérer cette zone d’ombre jusqu’au point de bascule, le pattern qui nous laisse comprendre que nous sommes dans le tunnel, mais qu’il y a une lumière au bout. Il faut aussi être indulgent si un des projets donne un résultat artistique médiocre. Ça fait partie du jeu et de l’effet tunnel. On peut rarement deviner l’impact d’un projet avant la fin, surtout en art, mais avec l’expérience et l’intuition, la proportion de ces errances diminue.

Aux États-Unis, l’entrepreneuriat est célébré au travers d’une culture de l’échec. Certains organisent même des Fail conférences, dans lequel des personnes viennent parler de leurs échecs. On valorise la capacité à voir au-delà des réussites, et à être transparent. En un sens, c’est une belle connerie. Un échec est malgré tout une grande claque dans la gueule, et ces conférences jouent plus un rôle de reconstruction narcissique que de réel catalyseur à la création.

Ce n’est pas l’échec qui importe.

Je préfère penser en temps long et célébrer l’errance. L’errance fait partie du process. C’est le résultat de l’effet tunnel, de l’absence de retour significatif jusqu’au point de bascule.

Ce n’est pas l’erreur ou l’échec qu’il faut célébrer, mais l’errance, cette part d'aveuglement indissociable de la créativité.


Vidéo – Chimères #5

Comme vous vous en doutez, j’ai suivi les révélations autour du scandale Pegasus avec une grande attention.

Le sujet a été abondamment traité, souvent de manière très factuelle. Pourtant, ce qui est intéressant, c’est de comprendre pourquoi cette affaire est énorme, une sorte de Snowden version 2, et ce qu’elle dit de notre futur.

Je vous en parle dans Chimères #5 :

« Pegasus », l'onde de choc

La dose de flow

Musique

Le rock, tendance métal, et le classique ont toujours eu une inspiration commune, une parenté. Les solos de guitare, les riffs dans le métal sont souvent inspirés de la musique classique. C’est la petite touche qui donne l’aspect virtuose à un morceau.

Anastasia est un parfait exemple de cette virtuosité et assume totalement à la fois son influence classique et son héritage rock.

Certainement l’un des meilleurs morceaux de Slash :

Slash ft.Myles Kennedy & The Conspirators - Anastasia

Inspiration

J’adore la fiction radiophonique. Lorsque c’est bien écrit, bien joué, c’est un format totalement envoûtant, presque hypnotisant.

Le podcast Rouge Vif, une fiction radiophonique en un épisode, m’a régalé. Si vous avez 1 h à lui consacrer pendant les vacances, profitez-en.

Je vous laisse l'écouter:

Rouge Vif (FICTION AUDIO)

Et le plus incroyable ? Mehdi Bayad a tout fait dans ce podcast. Scénario, enregistrement, mixage. Il est même acteur dans cette fiction.

Je ne veux pas spoiler, mais j'aimerais bien en discuter avec vous, alors répondez à ce mail pour me dire ce que vous en avez pensé.

Le cinéma et les séries utilisent de plus en plus la voix, d'une façon qui renouvèle les huis clos.

Dans le genre « fiction qui joue avec la voix », vous pouvez regarder le film danois The Guilty ou vous laissez tenter par les séries Calls (que je n’ai pas encore « vu »). Il y a une série française Calls et apparemment une série américaine Calls également, sans parenté. C’est dire si la voix est un médium populaire en ce moment.

À suivre

Ça y est, c’est les vacances. Pour moi en tout cas, peut-être pour vous, je vous le souhaite.

Dépaysement et écriture, voilà mon programme. Simple, efficace et reposant.

Si tout se passe selon mes plans, je vais continuer cette lettre hebdo au mois d’août.

D’ici là, bonnes vacances (si vous avez cette chance). Dans tous les cas, je vous souhaite un merveilleux week-end !

— mikl 🙏

Le Flow — la lettre

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Toutes les deux semaines, je partage le Flow : mes textes de fiction en avant-première, mes réflexions sur l'écriture, et ce que trente ans dans les infrastructures m'apprennent sur la technologie.

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