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infrastructures & fictions
Le Flow 103 5 février 2022 5 min de lecture

Les bêta-lectures

Où je vous parle d’appels à textes et de bêta-lecture, de Pomplamoose, de Moby et d’Étienne Klein.


Alors, comment se passe votre week-end ?

Coïncidence amusante, juste avant de fêter les deux ans de cette lettre hebdomadaire, je viens de franchir un cap.

Lundi, j’ai envoyé une nouvelle à un jury dans le cadre d’un appel à textes.

Il m’a fallu deux ans d’écriture pour en arriver là. Deux ans, ça paraît long, c’est peut-être court, je n’en sais rien. Ce que je sais, ce que je ressens, c’est que c’est un moment important.

Se confronter à des appels à textes, c’est s’entraîner à écrire en visant à produire sous contrainte la meilleure version du texte qu’on est capable de réaliser. C’est une manière de se familiariser avec une des dernières étapes du process éditorial, une étape qu’il faut maîtriser pour être pro et sérieux.

Alors, justement, comment se passe ces dernières étapes ?

Avant la remise d’un texte, il faut passer par une phase de relecture attentive, ligne à ligne, mot à mot parfois, pour corriger le texte, améliorer sa fluidité.

C’était ma vision naïve du process. Je n’avais pas compris que cette relecture pour améliorer la langue est nécessaire, mais pas suffisante. Elle traite le texte en surface, mais néglige l’analyse en profondeur de la structure et du fond.

Qu’est-ce que cela signifie ? Eh bien, qu’il faut parvenir à jeter un regard neuf et détaché sur le texte. Et lorsqu’on est auteur du texte en question, ce n’est pas simple.

En intégrant un groupe d’autrices et d’auteurs, j’ai rapidement entendu parler des bêta-lectures, en référence aux phases de bêta-test des logiciels. La bêta-lecture consiste à envoyer le texte encore non totalement finalisé à des lecteurs, si possible également auteurs, pour obtenir un retour technique.

J’ai donc joué le jeu en soumettant le texte au groupe d’auteurs dont je fais partie, sans vraiment en comprendre ni l’importance ni l’enjeu. Bien m’en a pris.

J’ai longtemps cru que cette phase était surtout nécessaire pour corriger les fautes ou les formulations maladroites, justement. Grave erreur. Cette étape traite du fond, elle donne ce regard extérieur qui manque à l’auteur. Les avis des bêta-lecteurs permettent d’avoir une idée des problèmes qui restent dans le texte, des parties confuses, des longueurs. Ces avis sont précieux, car ils aident à voir les problèmes de fonds. Ils permettent de vérifier si l’impression ou les effets qui se dégagent du texte correspondent à l’objectif. Ces retours mettent aussi en lumière les parties qui fonctionnent et celles qui font « sortir » le lecteur du texte. Ils ne sont pas là pour donner une recette pour améliorer le texte, ou pour l’évaluer comme le ferait un professeur, mais pour donner un éclairage extérieur technique. L’auteur a alors les cartes en main pour trouver une solution aux problèmes directement ou indirectement soulevés. Et il a le dernier mot, il est seul juge, car tout dépend finalement de son intention.

Alors, oui, la bêta-lecture permet de corriger quelques fautes au passage, mais elle donne surtout à l’auteur une cartographie des problèmes de fonds qui restent dans le texte. C’est avec une telle liste des retours que j’ai abordé ma phase de correction samedi dernier.

Cette étape qui pourrait être rébarbative devient d’une certaine façon captivante. Pendant deux jours, je me suis plongé dans le texte avec des sensations proches de celles que j’ai en déboguant du code. Je me suis retrouvé dans un état d’extrême concentration pour remanier le texte minutieusement, sans le dénaturer.

Tout changement de fond peut casser l’histoire, tout comme une modification de la structure d’un programme peut entraîner des changements à de nombreux endroits du code. Pour retomber sur ses pieds, il faut garder en tête le contexte  de chaque modification et en propager les conséquences partout où cela est nécessaire. Ma concentration est alors tellement intense qu’il me faut un long moment avant de pouvoir réfléchir à autre chose, tenir une conversation, lire un livre ou même regarder une série.

Alors, j’ai fait ces modifications structurelles tout en relisant, corrigeant les fautes et les tournures à chaque passage. Et je suis sorti du week-end épuisé mais excité, au point que j’ai eu du mal à dormir le dimanche soir.

J’ai soumis le texte le lendemain, à la fois euphorique et désemparé. J’ai terminé le texte. Et après ? C’est la question.

En franchissant ce pas, j’ai l’impression qu’un déclic s’est produit. Rendre un texte, son premier texte, c’est rentrer dans une démarche, s’habituer à dire : « Voilà ce texte que j’ai écrit en faisant du mieux que je pouvais avec mes contraintes, le temps disponible, le sujet, mon niveau à ce moment-là, etc. »

Franchir cette étape m’aide au final à me projeter vers la suite. J’ai soudainement moins peur de soumettre mes textes au jugement de professionnels de l’écriture et d’un lectorat plus large. J’en veux plus, plus de textes. Je me sens mieux préparé à viser la quantité, mais aussi la qualité. Et je perçois un chemin un peu flou sur lequel je peux progresser, un chemin fait de textes mieux construits, plus travaillés, à la fois plus prenants et plus harmonieux. Un chemin d’écriture.


Podcast

Cette semaine, le podcast Double Vie reçoit Ketty Steward. Ketty est une autrice qui défie les genres et les classifications. De la poésie à l’autobiographie, du fantastique à la science-fiction, de l’essai au conte, Ketty intrigue d’emblée par la richesse de son parcours éclectique.

Au sein de l’Université de la Pluralité, qu’elle préside depuis 2019, dans ses nouvelles comme dans ses romans, elle utilise l’imaginaire, comme un outil de pensée, pour comprendre l’humain et imaginer la société de demain.

Dans cet épisode, elle nous parle de sa manière d’aborder l’écriture et la vie.

🎧 À écouter sur la chaine YouTube Double Vie.

À retrouver notamment sur Apple Podcast, Spotify et le site Double Vie.

La dose de flow

Musique

J’ai déjà parlé du groupe Pomplamoose et de ses incroyables mashups, mélange de deux morceaux qui se rencontrent, entrent en collision et se répondent.

Aujourd'hui, je ne partage pas un mashup, simplement une magnifique reprise d’Extreme Ways de Moby, avec Moby lui-même, aux claviers, à distance, par écran interposé.

Comme toujours chez Pomplamoose, la voix et la basse donne un groove particulier, qui permet de redécouvrir le morceau.

Extreme Ways ft. MOBY // POMPLAMOOSE

Inspiration

J’ai découvert cette semaine une série de vidéos de France Culture, dans lesquels Étienne Klein présente l’histoire des sciences.

Je trouve que cette série est parfaite pour évoquer et introduire simplement des concepts complexes.

Je vous laisse commencer avec la première vidéo sur la physique quantique et le principe d’incertitude.

L'histoire des sciences expliquée par Étienne Klein

À suivre

Ce week-end, j’ai prévu lectures et analyses de textes, pour faire une pause avant de repartir sur mon prochain projet d’écriture. C’est aussi et surtout une façon d’honorer la bêta-lecture que je me suis engagé à faire pour une autrice.

En attendant les deux ans de cette lettre la semaine prochaine, je vous souhaite un merveilleux week-end !

— mikl 🙏

Le Flow — la lettre

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Toutes les deux semaines, je partage le Flow : mes textes de fiction en avant-première, mes réflexions sur l'écriture, et ce que trente ans dans les infrastructures m'apprennent sur la technologie.

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