Alors, comment se passe votre week-end ?
Ce qui me frappe quand je pense à ces deux années passées à échanger avec des auteurs et des autrices, c’est combien cette idée de Double Vie fait mouche. Tout le monde semble s’y retrouver.
La création se fait toujours sur du temps volé à d’autres choses. Même pour les artistes établis, leurs engagements et leur notoriété les occupent au point qu’ils doivent eux aussi protéger leur temps créatif.
Il y a une forme de soulagement à reconnaître, à comprendre que nous sommes tous, d’une certaine façon, logé à la même enseigne. Comme l’exprimait Auriane Velten dans le podcast Double Vie, la création émerge dans la vie matérielle de l’autrice. Elle fleurit dans le temps qu’elle parvient à dégager, dans l’énergie qu’elle est capable d’y mettre dans l’instant, dans un équilibre entre deux vies. La création dépend de conditions matérielles et mentales. Il y a des moments où elle est possible et des périodes où elle devient difficile.
Autour de la création, tout le monde se rejoint dans cette idée de Double Vie, se rassure de n’être pas seul à jongler avec le temps pour créer. La Double Vie est un paramètre universel dans la création.
Pourquoi ce besoin de se rassurer ? Car la création est vue comme un espace de liberté, dans lequel tout est possible.
Une liberté fantasmée.
Une liberté sans entrave, mythologique, l’incarnation du rêve de création, celui de vivre constamment de l’autre côté du miroir.
C’est une utopie, car la création n’est pas la vie, mais son expression. Le moment où l’on se dit « Je pourrais écrire, peindre, composer, lorsque j’aurais terminé telle chose et que je pourrais m’y consacrer pleinement. Lorsque je serai à la retraite. » est une illusion.
Vivre uniquement dans son espace créatif, c’est vivre dans sa tête. La création a besoin d’un corps.
La liberté de création absolue est une utopie, car la création sans entrave n’existe pas. Elle n’est que vertige et dispersion.
Pour créer, pour avancer dans un projet, nous apprenons rapidement qu’il faut restreindre son champ, se recentrer, se concentrer sur une idée majeure. Il faut s’appliquer des contraintes dans la durée, dans la forme, dans le sujet, dans les thèmes traités, etc. Il faut poser certaines règles pour en transcender d’autres.
Ce paradoxe de la création est lié à un impératif : son résultat doit raconter quelque chose, avoir un sens. La liberté ne permet pas de s’en affranchir.
C’est toute la tension dans la liberté en général et la liberté créatrice en particulier. Elle ne peut s’exprimer que sous certaines limites, sous peine de tout corrompre, un peu comme l’anneau unique du Seigneur des Anneaux.
La création est un équilibre entre règles et transgression, dans le contenu de l’œuvre, comme dans le processus créatif lui-même.
Les contraintes que l’on s’impose apportent ainsi une forme de libération.
Je comprends les artistes qui ont des routines de vie figées, qui mangent régulièrement la même chose, mettent les mêmes vêtements, avec pour objectif de limiter leur occupation cérébrale, leurs options, pour redéployer l’énergie mentale sur ce qu’ils jugent important. Ils veulent libérer leur esprit pour l’utiliser pour créer.
La liberté, c’est pouvoir décider dans quel domaine de sa vie on veut la mettre en œuvre, c’est choisir ses contraintes. Le poète américain, Robert Frost, avait une définition très prosaïque de la liberté : « Vous êtes libre quand vous êtes à l’aise dans votre harnais. »
C’est le fondement même de la Double Vie, une manière de se créer des conditions suffisantes pour créer. La Double Vie revêt une forme d’universalité, car il n’y a pas de liberté absolue. Il n’y a que des espaces de liberté.
La liberté de créer est comme un médicament dont on prendrait une petite dose chaque jour. La Double Vie, c’est une dose de liberté qui s’insère dans notre quotidien pour nous permettre de vivre en pointillé notre vie créative.
Podcast
Cette semaine, le podcast Double Vie reçoit Olivier Caruso. Olivier est auteur de Science-Fiction, reconnu pour ses nouvelles parues notamment dans la revue Bifrost. Il a récemment publié Symposium Inc, dans la prestigieuse collection du Bélial Une Heure Lumière.
🎧 À écouter sur la chaine YouTube Double Vie.
À retrouver notamment sur Apple Podcast, Spotify et le site Double Vie.
La dose de flow
Musique
Axel Bauer prépare un nouvel album. Parmi les morceaux déjà sortis, il y a ce morceau, Ici Londres, hommage à son père Franck Bauer, l’une des voix de l’émission « Les Français parlent aux Français ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, il donnait des nouvelles du front et transmettait des messages codés à la résistance.
On entend dans ce morceau la voix de son père venant d’enregistrement d’époque, mais également réenregistré pour l’occasion avec ses propres commentaires.
Inspiration
Antoine de Maximy est un personnage haut en couleur. Il a réalisé notamment une série d’émissions dans lesquelles il parcourt le monde, rencontre des locaux et s’invite chez eux pour dormir.
Il présente dans cette conférence TEDx sa propre approche de la liberté. Écoutez jusqu’au bout pour comprendre pourquoi d’après lui, liberté et combativité sont les deux facettes d’une même pièce.
Un vrai plaisir !
À suivre
Le week-end, c’est toujours pour moi un peu l’expression de la Double Vie, entre rencontres et écriture. Je vais interviewer cet après-midi un auteur qui a publié l’année dernière son premier roman de fantasy (Une idée ?). Le résultat est à venir d’ici quelques semaines dans le podcast.
En attendant, je vous souhaite un merveilleux week-end !
— mikl 🙏