Court-circuit

Court-circuit

Créativité

Je viens de terminer le recueil de nouvelles de Raymond Carver, « Neuf histoires et un poème ». Ce recueil a inspiré Robert Altman pour le film Shortcuts.

Je me souviens que j’avais vu ce film peu après sa sortie. Je l’avais reçu comme un coup de poing à l’estomac. C’est un condensé de la vie dans ce qu’elle peut avoir de plus sombre. Le texte parle de simplicité, de détresse, de force, de misère, d’une certaine lâcheté qui nous menace sans cesse, celle contre laquelle on lutte à chaque instant. Ces petits incidents, ces compromis qui à la faveur d’évènements survenant en cascade peuvent laisser des marques profondes, des cicatrices béantes qui ne se referment pas.

Des courts-circuits. Ce moment où les fils se touchent, lorsque des évènements anodins révèlent nos faiblesses, nos bassesses du quotidien. Ces moments de bascule qui nous laisse nus et désemparés.

Si humains et si bruts, nous ne sommes pas toujours glorieux. Mais c’est en regardant nos démons que nous trouvons notre salut.

Ce film et ces textes agissent comme un miroir de notre âme. Ils nous renvoient une image crue, parfois honteuse de nos actions. Un miroir sombre mais un anti-modèle, un repoussoir qui pourtant nous permet de puiser notre courage, qui nous donne des repères et l’occasion de jouer un autre rôle, positif, de nous rendre fiers.

Le texte de Raymond Carver est perçu comme un regard pessimiste sur l’humanité. À l’inverse, j’y vois un grand optimisme, car nous ne vivons pas dans ce miroir. Nous pouvons laisser vivre notre part d’ombre au travers de la fiction et nous en servir de guide pour vivre dans la lumière.