C’est fou comme on peut oublier ses progrès. Ce n’est pas qu’on est trop dur avec soi-même, mais plutôt qu’on a les yeux rivés vers l’horizon, l’hypothétique point d’arrivée, cet endroit où l’on aimerait déjà être.
Alors, on ne prend rarement le temps de s’arrêter pour se retourner, un moment pour regarder ce qu’on a fait et se dire « Pfiu, c’est pas si mal, non ? ». Quand on le fait, on a tendance à prendre le passé pour acquis (et ça l’est), voire même à se dire « j’aurai peut-être pu faire mieux, plus vite, non ? ». On est critique envers soi-même parce qu’on est impatient. Je vous le dis tout de suite, ça ne fonctionne pas comme ça.
Il faut dire que le cynisme ambiant n’aide pas. Sur les réseaux sociaux, ça flingue à la moindre erreur, à la moindre imprécision, au moindre lapsus. La tolérance a pris un sérieux coup dans l’aile, on ne sait plus se parler, surtout si l’on n’est pas d’accord. Le monde se crispe. Il s’est rigidifié. Le goût du sang et l’addiction à la colère l’emportent. Cette forme de nihilisme, on la subit de plein fouet sur Internet. Dès qu’on s’expose, on trouve toujours quelqu’un pour venir nous rabaisser ou nous insulter. Il n’est pas facile d’avancer si chacun guette les erreurs des autres.
Et puis parfois, le hasard nous met sous les yeux l’évidence de nos progrès, et ça fait du bien.
J’écris depuis maintenant un peu plus de deux ans et des poussières. Pendant ces deux années, j’ai écrit des essais pour cette lettre hebdo, des nouvelles, que j’ai compilées en un recueil, et deux premiers jets de romans. Le deuxième roman est dans une phase de révision méticuleuse. Le tout doit faire entre 800 000 et 1 million de signes. Je ne pensais pas avoir écrit autant. Première surprise.
Entre le premier et le deuxième jet de ce roman n° 2, j’ai repris et publié mes nouvelles dans Contes de Silicium. Cette étape m’a fait énormément progresser. Désormais, je comprends l’ensemble du process éditorial, de l’écriture au produit final, en passant par toutes les étapes, des corrections à la diffusion. Ce projet m’a aidé à m’interroger sur ce qu’est une bonne histoire et, indirectement, m’a permis d’avoir une vision assez précise de la direction que doit prendre mon roman. Aujourd’hui, je sais que j’ai les clés pour aller au bout du projet.
C’est là que le hasard intervient. En triant mes fichiers pour mettre de l’ordre dans mon disque dur, je suis retombé sur le premier jet de ma première tentative – avortée – de roman. La curiosité m’a piqué. Et si je reprenais un fragment de ce texte pour en faire une nouvelle ? Sachant que l’idée d’origine de ce roman était déjà une nouvelle que je n’ai jamais publié, ce n’est pas si bête, non ?
Et là, ce fut le choc, et d’une certaine façon une révélation. J’ai non seulement compris pourquoi je ne m’en étais pas sorti dans ce premier texte, mais aussi compris tout ce qui n’allait pas. J’ai eu plein d’idées pour reprendre le texte et l’améliorer.
C’est alors que j’ai été saisi par le vertige. Une année seulement s’est écoulée depuis que j’ai essayé d’écrire ce texte. Dix-huit mois depuis que j’ai écrit la nouvelle qui l’a inspiré. Et en relisant ce brouillon, cette année ressemble à une éternité. J’ai l’impression de relire un texte d’enfance. Je le dis honnêtement, sans emphase dramatique, car j’y vois le côté positif. J’ai considérablement musclé mes capacités d’écriture, et ça, c’est une excellente nouvelle.
Alors, tout est-il à jeter dans cette ébauche ?
Et bien, je me surprends en pensant que ce texte renferme des idées fort prometteuses, que je n’ai hélas pas eu alors la capacité d’exploiter. J’y ai trouvé des embryons de personnages (!) qui n’ont pas eu l’opportunité de se développer. Je pense qu’il y a des choses à reprendre, et certainement à réécrire de zéro, mais il y a de la matière pour des histoires intéressantes. L’histoire d’origine était peut-être trop riche, trop de personnages avec trop d’arc narratifs personnels. Une chose est sûre, j’ai envie de raconter l’histoire de ces certains personnages. J’ai pris plaisir à les redécouvrir et je m’y suis attaché.
Je le savais, mais cela m’impressionne de le vivre : la matière romanesque que l’on souhaite exprimer continue de vivre et d’évoluer, presque malgré nous. Elle se fraie un chemin vers la surface.
Neil Gaiman, dans sa masterclass parle de l’importance de se créer un compost d’écrivain, un endroit où placer ses idées et ses textes pour, peut-être un jour, les recycler. Je suis tombé sur un compost que j’avais oublié, des mots que j’avais laissés tranquillement se décomposer en atomes narratifs. Aujourd’hui, cette matière en décomposition est à ma disposition pour fertiliser d’autres histoires, d’autres textes.
Magique, non ?
Podcast
La saison des interviews revient dans le podcast Double Vie.
La semaine prochaine, le podcast reçoit Christelle Dabos, phénomène de la littérature jeunesse avec sa série La Passe-Miroir, avec un million d’exemplaires vendus en France. Depuis ses débuts sur la plate-forme d’écriture plume d’argent, jusqu’au tome 4 qui clos sa série en 2019, Christelle n’a cessé de rassembler une communauté de fans toujours plus grande.
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La dose de Flow
Musique
Aujourd’hui, je vous partage un morceau céleste qui m’accompagne régulièrement dans mes méditations. Cette musique est le fruit d’une rencontre entre Estas Tonne et la chanteuse Peia. Ça donne Bird’s Teardrops, les larmes de l’oiseau, et c’est un instant magique.
À suivre
Alors, est-ce que je vais tenter de vous extraire une nouvelle du compost de mon premier essai de roman dans les semaines qui viennent ?
C’est bien possible !
En attendant, je vous souhaite un merveilleux week-end !
— mikl 🙏