Hello les amies,
J’espère que la fin d’année vous a été agréable et que je ne vous ai pas trop manqué. Pour ma part, je suis heureux de vous retrouver.
Qu’on le veuille ou non, qu’on le regrette ou pas, il y a toujours un parfum de renouveau en janvier. Je ne vous parle pas des résolutions, j’ai arrêté d’en prendre il y a bien longtemps. Non, il s’agit plutôt d’un mécanisme psychologique simple qui s’impose à nous quand un compteur revient à zéro. C’est un peu comme ces vieux chronomètres dont on dépasse la capacité. Quand on franchit une limite, ledit compteur repart au début, à zéro. Rien ne change et pourtant notre vision du monde bascule, comme lorsqu’on regarde une horloge arrêtée. La vie est faite de cycles. Le premier janvier, on repart pour un tour. On ne fait pas le vide du passé, il est toujours là, il nous suit, nous hante parfois, nous accompagne et nous rend fort aussi, mais l’année qui vient est vierge et encore à écrire.
Je trouve que notre inconscient est très fort pour attraper ces symboles, et y projeter espoirs et aspirations. C’est ça façon à lui de nous dire que commence maintenant quelque chose de nouveau. En toute honnêteté, nous pourrions nous dire cela de chacun de nos instants, mais c’est trop vertigineux. Alors nous nous accrochons empiriquement à ce symbole de l’année pour nous laisser entrevoir un monde ou tout est possible, ou presque. Alors on éprouve d’écrire sur une page blanche, comme au début d’un nouveau carnet ou dans les premières lignes d’une histoire. Il y a de cette même excitation lorsqu’on est le premier à marcher dans la neige fraîche.
En tant qu’auteur, beaucoup de chemins s’ouvrent à chaque étape de l’écriture. Il faut en choisir une sur une infinité de possibles. Parfois, je me dis, mais pourquoi, là, maintenant, j’écris ça ? Pourquoi diable est-ce que j’ai pris cette voie ? Les ressors de l’inconscient sont bien mystérieux. Tout cela génère une angoisse existentielle. Est-ce que j’écris la bonne histoire ?
Heureusement, il y a la technique. Les principes d’écriture permettent de se débloquer, ou de se rassurer lorsqu’on perd confiance. Nous avons les histoires en nous. Les histoires sont le propre de l’Homme. Instinctivement, nous savons tous raconter une histoire, par exemple ce truc incroyable qui nous est arrivé, nous savons construire la progression, et tu ne devineras jamais quoi, ménager la chute, comme je viens de le faire dans cette phrase.
Quand on commence à en comprendre les grandes règles, la narration devient une obsession. On repère l’art de raconter des histoires partout, on se met à penser en termes de fonction et de symboles.
Alors, ça m’a frappé. En écoutant Jean-Jacques Goldman récemment, j’ai réalisé qu’il appliquait les grands principes de narration presque à la lettre. C’est pour cela que ses textes ont un grand impact émotionnel.
Il changeait la vie applique sur trois parcours de vie, les bases du voyage du héros, théorisées à l’origine par Joseph Campbell. Encore un matin ? Il suffira d’un signe ? C’est un incident déclencheur qui nous fait traverser une transformation personnelle pour déchirer nos guenilles de vauriens. Et la chute ? Nous changerons les villes en jardin.
Écoutez ou réécoutez Goldman avec l’œil rivé sur l’évolution narrative et vous verrez presque se dérouler certaines parties d’un film, faite d’espoir, de regret et de conflit. Oui, je pense à Là bas, par exemple, ou Le coureur.
Alors voilà, votre prochain cours d’écriture est simple, vous avez juste à écouter Jean-Jacques Goldman (ou juste lire les paroles si vous y êtes allergique).
La narration est partout, et elle est là pour nous faire du bien, nous aider, nous, simples humains, à comprendre et affronter les changements de la vie. Les histoires sont un laboratoire, une fenêtre ouverte sur un monde qui change, une machine à multiplier les expériences.
À vous maintenant d’ouvrir l’œil et de chercher l’art de raconter là où l’on ne s’attendait pas à le trouver.
Podcast
Après vous avoir parlé de la Planète des Singes dans ma précédente lettre, je vous ai lu le prologue du roman de Pierre Boulle, dans le podcast Double Vie. Le prologue est intéressant et très différent de l’image que les différents films et séries tirés du roman ont véhiculée. Bonne écoute !
🎧 À écouter sur la chaîne YouTube Double Vie.
À retrouver également sur Apple Podcast, Spotify et le site Double Vie.
La dose de Flow
Musique
En termes de narration, on m’a expliqué que la comédie musicale Hamilton de Lin-Manuel Miranda était un chef-d’œuvre. Je l’ai regardé en famille avec curiosité et je confirme que c’est une masterclass pour la construction des arcs narratifs, des thèmes récurrents et des personnages, du héros au anti-héros.
La comédie musicale raconte l’histoire romancée d’Alexander Hamilton, un des pères de la Constitution américaine au travers de la Révolution et des balbutiements de la démocratie. Les pères fondateurs sont presque tous joués par des acteurs noirs américains, comme une manière de rappeler que nous sommes tous, un peu, immigrants. Nous ne sommes chez nous nulle part, mais partout toujours un peu.
Au-delà de la construction brillante, la comédie musicale utilise beaucoup de rap comme musique de référence et les battles comme élément de débat politique. La mise en scène est magnifique. Bref, c’est un coup de cœur, même si j’admets qu’il faut avoir envie d’entrer dans l’histoire américaine pour l’apprécier.
Je vous laisse écouter l’un des morceaux phares, My Shot :
À suivre
Et pour la suite ? Qu’est-ce qui m’attend et qu’est-ce qui vous attend dans cette lettre hebdo ?
Aujourd’hui j’hésite à me lancer dans la rédaction du second jet de roman selon le challenge de l’écriture épisodique et feuilletonnante. Auparavant, il me faudra malgré tout être certains de l’arc narratif de mon personnage principal, mais pourquoi pas ?
C’est casse-gueule, cela va me prendre six mois, j’aurais potentiellement parfois besoin de revenir en arrière et je vais peut être me prendre un mur. À l’inverse, peut-être que j’aurai un jet quasi finalisé de mon roman pour l’été.
Alors, à votre avis ? Ça se tente ?
En attendant de vous lire en retour, je vous souhaite santé, sérénité, et une année merveilleuse, remplie d’imaginaire et d’histoires !
— mikl 🙏