Hello les amies,
Il y a une question qui tourne dans ma tête, toujours. Avant de parler, avant de publier un texte, le doute est là. Est-ce que ce que je dis est intéressant ?
Je suis bien conscient que tout le monde ne s’embarrasse pas de cette question, mais c’est important pour moi, certainement pour tout créateur.
Est-il possible en réalité d’y répondre vraiment ? C’est une question presque rhétorique, qui dépend tellement du contexte...
Mais pourtant, je creuse, je creuse. Comme beaucoup d’auteurs, j’essaie d’objectiver. On arrive souvent alors à l’obsession de l’originalité.
Est-ce que cela a déjà été dit ? Est-ce que cela a déjà été fait ? Est-ce que c’est du neuf ou est-ce que je réinvente la roue ?
Finalement, de ce point de vue, la question, est souvent, est-ce que mon audience a déjà vu ça ? Et surtout, est-ce qu’elle s’en est lassée ?
En pratique, les attentes des lectrices sont contradictoires : d’une certaine manière, il faut de l’originalité, un peu de surprise pour tromper l’ennui, mais il faut aussi de la familiarité, évoluer dans les codes d’un genre pour combler les attentes que le fait d’écrire dans ce genre suscite.
Écrire dans un certain genre, c’est la base, c’est un contrat passé entre l’autrice et ses lectrices, qui définit grossièrement les contours de ce à quoi on peut s’attendre. Si on cherche à lire de la romance et qu’on se retrouve avec une histoire horrifique, c’est qu’il y a eu un problème d’aiguillage quelque part.
Le genre définit les codes, par exemple, dans la plupart des polars, vous allez avoir une découverte de scène de crime, une enquête, une confrontation entre le criminel et l’enquêteur. Dans un thriller, le héros se retrouve toujours à la merci du méchant, dans une romance, il faut une grande scène de preuve d’amour. Chaque genre vient avec son lot de conventions, qu’il faut adopter, tordre et parfois détourner pour faire un bon texte.
Et puis, il y a les autrices, les stars, ceux qui sont leur propre genre. D’une certaine façon, ce statut est confortable, il conduit à une identification claire de la production de l’autrice, et au fait de ne pas vraiment avoir de concurrence dans leur domaine. Maxime Chattam, Virginie Despentes, Amélie Nothomb ou Marc Levy ont créé leur propre genre. Qu’est-ce que tu lis ? On ne répond pas, un polar, ou une romance, etc., On répond par exemple le dernier Nothomb ou le dernier Levy.
Créer sa propre catégorie est un outil marketing puissant, mais lorsqu’on parle de créativité cela peut aussi vite se transformer en prison. On devient la somme de tout ce que l’on a produit, on cristallise dans l’esprit des lectrices notre façon d’écrire. En sortir, c’est rompre le contrat que l’on a avec les fans, c’est commettre une trahison. Rares sont ceux parmi les artistes phares qui parviennent à être un nom avant d’être leur propre genre, qui ont gagné le droit de se réinventer, de transposer à d’autres styles, d’autres genres, la force de leur expérience. En cherchant un exemple, peu me viennent en tête, peut-être Mathias Malzieu, qui a fait évoluer son genre musical, puis est passé de la musique à l’écriture, ou bien Gaël Faye, auteur et musicien.
Et vous savez quoi ? Il se trouve que ce qui est vrai pour les artistes en vue s’applique à tout le monde. Nous devenons tous, d’une façon ou d’une autre notre propre genre. Nous sommes perçus comme la personne qui fait tel truc (généralement positive), au point que nous même nous identifions à cela. D’une certaine façon, dans notre milieu, si nous avons réussi quelque chose, même minuscule, nous avons créé notre propre genre et nous l’incarnons. Nous avons construit une image, une identité, nous nous sommes aménagé notre place et notre case dans la société. Et après ? L’attention des autres est limitée, il faut déplacer des montagnes pour faire évoluer l’association mentale associé à notre nom, statut ou condition.
J’en reviens souvent à Steven Pressfield, un théoricien de la créativité que j’adore. Il a beaucoup écrit récemment sur la notion de wilderness, le passage nécessaire par la vie sauvage, par l’inconnu – en France, on dirait prendre les chemins de traverse. J’en parlais dans une vidéo courte, Parfois on a juste besoin d’être étrange. En se perdant dans l’inconnu, en repoussant la frontier, de notre monde familier, on gagne le droit d’être anonyme, de n’être plus rien de notre passé.
C’est effrayant mais libérateur. Pendant un moment du moins, en perdant nos repères, nous avons fait tomber les murs de notre case. Nous avons atteint un endroit où les questions obsédantes n’ont plus cours, le sens, l’originalité n’a plus de sens, car dans cet espace nous l’incarnons.
La dose de flow
Musique
C’est le grand retour de Mickey 3d, qui sort un nouvel album après une longue absence. Vous vous souvenez de Mickey 3d ? Les créateurs du tube Respire, qui aura servi à éveiller la conscience écologique de pas mal de monde. Je l’ai même entendu chanté par mes enfants en primaire.
Mickey 3d, pourtant, a créé bien plus que ce tube (La case, toujours, on y revient). J’ai écouté des centaines de fois les deux premiers albums. En les réécoutant pour préparer cette lettre, je me suis aperçu, que je connaissais toujours par cœur la plupart des titres, par exemple Yalil, Les gens raisonables, Les mots, Le sixième sens, etc.
Tout ça pour dire qu’un nouvel album vient de sortir, après dix ans d’absence et que je suis ravi. Voici un des titres qui m’a tapé dans l’oreille, la Danse des Éléphants :
Inspiration
Voici une petite citation de James Clear, pour descendre un peu le niveau de pression autour de la création :
« La responsabilité d’un créateur est de faire le boulot, pas de l’évaluer.
Votre travail consiste à tomber amoureux du processus, pas à noter le résultat. »
À suivre
Bon, alors, en parlant de vie sauvage et d’inconnu, je vais tenter l’expérience de l’écriture épisodique, à l’échelle d’un roman. C’est un exercice qui demandera de l’indulgence et de la patience, car peut-être que, parfois, je devrais faire une pause pour finaliser un épisode plutôt ardu ou préparer le plan de la suite. Peut-être que je devrais tâtonner ou revenir en arrière.
Mais merci d’être avec moi dans ce parcours. Vous serez aussi les témoins de ma propre lutte dans la vie sauvage, dans la wilderness, à me regarder me battre contre les éléments déchaînés de la création.
À suivre !
En attendant, je vous souhaite un merveilleux week-end !
— mikl 🙏