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infrastructures & fictions
Le Flow 186 9 décembre 2023 4 min de lecture

Seize mesures

Où je vous présente ma micro-nouvelle, « Seize mesures », et vous parle de Peter Gabriel.


Hello les amies,

J’ai terminé la deuxième partie de mon roman, la Plaie. Avant de partager les premiers épisodes de la troisième et dernière partie, j’ai besoin de revoir et de resserrer le plan. Je dois démêler les fils de l’intrigue pour les résoudre dans le bon ordre. Et comme c’est la conclusion du texte, je n’aurai pas de quatrième partie pour redresser la barre. Il faut donc que je planifie avec d’autant plus de soin avant de me lancer.

Cela vous laisse le temps de lire les deux premières parties si vous le souhaitez. Comme promis, voici les fichiers contenant l’état actuel de la rédaction. C’est loin d’être finalisé, hein, attention !

La Plaie - Roman en construction

Pour vous faire patienter, je vous propose une micronouvelle que j’ai soumise à un concours. C’est très très court, moins de 3000 signes, mais j’espère que ce concentré d’histoire vous fera voyager.

Bonne lecture !
(et chut, c’est une exclusivité pour les abonnés à cette lettre)


Seize mesures

« T’y crois au réel, toi ? T’y crois à cette architecture boursouflée, à cet échangeur géant, à ce bâtiment qui ondule le long de l’autoroute ? » Elle reprend son souffle. « Le réel, s’il existe, il se fout bien de notre gueule. Un mirage, même pas un cauchemar, juste un rêve moisi dont l’ambition rase la moquette. »

Il réfléchit. « Ce serait quoi, ton réel idéal ? »

Boule au ventre. Elle sent qu’il cherche à dévier sa rage vers un truc qui n’a rien à voir, un truc beau, pour oublier le lycée et tous les bouffons qui lui ont craché à la gueule pendant cette journée de merde. Immobile, au bord de la nationale sur le trottoir défoncé, les camions la frôlent dans un souffle qui agite ses cheveux, dans un fracas de tôles qui menacent de l’aspirer. Elle fait un pas de côté pour s’écarter. Réflexe de survie. Elle rase les murs décrépis des pavillons de banlieue. Gris pollution. Elle saute pour s’asseoir sur un muret, d’humeur soudain joueuse.

« J’sais pas si je l’ai déjà vu, le réel. C’est pas ici, pas Paris non plus, c’est sûr. Moi, je crois qu’il se planque, se terre de l’autre côté d’un mur invisible. Le réel, je crois qu’il faut aller le choper par la peau du slip. »


Cette idée l’a hanté jusqu’au soir. Elle a à peine dormi, ivre d'étranges sensations, hypnotisée par les étoiles filantes fluo collées à son plafond, reliques de sa chambre d'enfant. Dévorée de l’intérieur, l’idée lui glace le sang. Elle a vu Alien, ce n’est pas une créature immonde qui la bouffe, c’est une chose bien plus vaporeuse, impalpable. On ne la voit pas, on la sent, sur la langue, goût de fer, de sang qui toujours finit en panique ou en colère. Lorsqu’elle fixe ce monstre sans visage, Éva plonge dans le néant, le temps s’y écoule, inexorable, des grains de sable tombent en un flot continu qu’on regarde hébété, jusqu’au trou noir. Transe, état végétatif.

Le soleil de l’aube projette un rayon de lumière dorée au travers des rideaux. Elle s’est réveillée en sursaut. Sa mère dort encore, elle l’a entendu rentrer tard du boulot. Elle la chasse de ses pensées pour ne pas trembler. L’illusion s’est dissipée, elle doit esquiver la bête. Elle jette quelques affaires dans un sac. Le minimum.


Éva ne connaît pas cette gare, elle monte dans un train au hasard. Montargis, jamais entendu parler, mais ça fleure déjà le sud, le soleil, la lumière, la Réalie, sa frontière. Légère. Son seul poids est le sac qu’elle porte en bandoulière. Elle ne fuit plus pour distancer les démons qui la rongent, elle est le monstre, elle est la vie. Assise dans le compartiment vide, elle ferme les yeux et voit les grains de sable remonter. Légère.

Elle sort un carnet de notes et un stylo trop rose pour son âge. Elle ajuste son casque, lance un morceau sur son téléphone, elle écrit ce qui lui vient, les mots résonnent au rythme de la musique, elle ne trouve pas ça beau, pas encore, mais ce rap qui lui vient des tripes fait du bien. Maintenant, elle sait, elle veut chercher le réel, seize mesures à la fois.


La dose de flow

Musique

Peter Gabriel revient avec un nouvel album, le premier depuis vingt ans. i/o vient de sortir et sonne comme du Peter Gabriel, sa voix reconnaissable, sa patte au son modernisé, mais évoquant toujours So, son chef-d’œuvre de 1986.

Je vous laisse avec mon morceau préféré de ce nouvel album, Panopticom.

Peter Gabriel - Panopticom (Bright-Side Mix)

À suivre

Merci de suivre mes progrès et d’être fidèle. En janvier, je fêterai les quatre ans de cette lettre hebdo, quatre ans durant lesquels mon écriture s’est métamorphosée pour devenir une partie de moi et une seconde nature.

Se lancer dans la fin d’un roman est une étape excitante et un peu intimidante. C’est la première fois que cela m’arrive vraiment, dans le sens où c’est le premier texte long que je termine avec le sentiment que les fondations sont assez solides pour me permettre de conclure un roman qui pourra être retravaillé et publié. On sent ces choses là au fond de soi.

Je reprendrai les partages sur la Plaie quand je me sentirai prêt, je l’espère la semaine prochaine ou celle d’après.

D’ici là, merci de vos messages, merci de votre soutien, et profitez bien de ce mois de décembre (un peu pluvieux, mais est-ce si important) !

— mikl 🙏

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Toutes les deux semaines, je partage le Flow : mes textes de fiction en avant-première, mes réflexions sur l'écriture, et ce que trente ans dans les infrastructures m'apprennent sur la technologie.

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