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infrastructures & fictions
Le Flow 67 29 mai 2021 4 min de lecture

Le logiciel a mangé le monde

Où je parle de notre relation à la technologie, de Merzhin et de Mehdi Moussaid, le foulologue.


Alors, comment se passe votre week-end ?

Ce matin, je me suis réveillé. Le monde avait été mangé, avalé, gobé.

Le logiciel a absorbé le monde.

Cela ne m’a pas surpris, cela avait été prédit, il y a dix ans. En 2011, Andreessen Horowitz écrivait un texte emblématique pour le monde de la tech, Why Software Is Eating the World. Pourquoi le logiciel avale le monde. Ce n’était même pas une question, juste une observation sur la direction prise par notre société.

Dix ans plus tard, c’est fait. Le logiciel est partout. La quasi-totalité de l’humanité est connectée à Internet. L’informatique est devenu notre moyen de communication, d’information, notre outil de travail et notre loisir, jeux, livres, films, séries, nous vivons dans le tout-numérique.

La pandémie a rendu le phénomène cruellement manifeste, avec un télétravail massif, parfois forcé, et la réduction drastique des interactions sociales. Pour parler à un collègue, un ami, un proche, il nous fallait un écran, une protection, mais aussi une lucarne sur le monde, minuscule et désincarnée.

Ce mouvement technologique a été très rapide. Il est sensible à l’échelle d’une vie, sur une quarantaine d’années.

Lorsqu’on regarde la société des années 70, au travers de reportages, de romans ou de films, on regarde un monde qui parait tellement loin. Et pourtant, nous y vivions. On peut éprouver de la nostalgie pour cette époque qui restait encore empreinte d’une liberté juste conquise, une folie romantique, utopique, poétique.

Pourtant, ce qui marque le plus, c’est le vide. Le vide technologique. L’informatique était professionnelle, réservée aux militaires, universitaires, grandes entreprises. Les seules vraies technologies de la communication grand public étaient la télévision et le téléphone. Leur place était limitée.

Le souvenir de cette période où la technologie n’était pas omniprésente dans nos vies paraît presque utopique aujourd’hui.

Le logiciel a absorbé le monde. Nous y sommes.

Et il n’est pas si simple pour l’humain d’encaisser un changement si rapide, qui questionne finalement son essence. Il n’est pas simple de trouver une voie rationnelle entre la nostalgie d’une époque révolue et la fascination d’un nouveau mode de vie, dominé par les technologies de l’information.

Pour comprendre le monde aujourd’hui, il paraît évident qu’il faut comprendre la technologie. Intimement. Pas juste en étant un simple utilisateur, en connaissant les quelques touches à actionner pour envoyer un mail ou lancer un appel.

Comment ça marche ? Quels sont les principes à l’œuvre ? Qu’est-ce qu’un programme ? Qu’est-ce qu’une IA ? À quelle vitesse tout cela s’améliore-t-il ?
Comment marche la médecine génétique, les ARN messagers ? Comment fonctionne une cryptomonnaie ? L’électrique est-il l’avenir de l’énergie ? Que va apporter la robotique ou l’impression 3D à grande échelle ?

Bref, il faut comprendre comment fonctionnent réellement les technologies et comment vont-elles évoluer.

Pourtant, le monde, notre monde est toujours habité par des humains. Le confinement a montré le poids de l’isolement. La technologie n’est pas tout et nous avons besoin d’être humain, besoin d’exister, de trouver notre place dans ce monde high-tech. Nous ne pouvons pas oublier que la technologie est soumise aux humains, à leurs souhaits, leurs désirs, leur vision de la vie en groupe.

Comprendre le monde, pleinement, c’est aussi mettre en perspective la technologie et son usage avec ce qui fait l’humanité, les arts, les lettres, les sciences sociales. C’est remettre la technologie à sa juste place, comme un des outils de construction au service de la Société.

C’est finalement organiser la cohabitation entre l’Homme et la machine.

Aux échecs, on parle de « centaures » pour désigner la collaboration entre joueurs humains et ordinateurs, pour être plus efficace que l’humain ou l’ordinateur seul. C’est une des réponses pour dépasser l'antagonisme.

La question de la place de la technologie, de son usage, de sa maîtrise n’est pourtant pas qu’une question de performance. C’est une question d’humanité, qui touche à notre propre essence.

Comprendre le monde aujourd’hui, c’est comprendre la technologie, mais pas en isolation. C’est faire le lien entre la technologie et les humanités, les sciences sociales, l’histoire, la philosophie, l’art, la fiction.

C’est un sujet qui me fascine et que je veux approfondir, explorer utopies et chimères, réfléchir, mais aussi partager des éléments concrets pour mieux intégrer la technologie dans nos vies. Comprendre la science avec des yeux de littéraires et enrichir l’imaginaire et la fiction d’une vision technologie. Donner du sens à notre monde, avalé par le logiciel.

Ça vous intéresse aussi ?

Ça tombe bien, j’ai prévu d’y revenir, ici, prochainement.

À suivre 😉


Podcast

La semaine prochaine, le podcast Double Vie accueille Cécile Duquenne. Cécile est autrice, avec plus d’une dizaine de titres à son actif, couvrant de nombreux genres: thriller, fantasy, space opera, fantatisque, etc. Elle est également coach et fondatrice de sa propre école d’écriture.

Pour patienter, vous pouvez écouter l’épisode avec Camille Leboulanger, enseignant et auteur de quatre romans très originaux. Il y raconte son parcours d’écrivain et nous partage sa vision de l’écriture et du métier d’auteur.

🎧 À écouter sur la page Double Vie.

À retrouver également sur Apple Podcast.

La dose de flow

Musique

Le groupe Merzhin est un groupe de rock breton, reconnaissable entre tous par leurs mélodies entrainantes jouées avec flutes et bombardes, et la voix rocailleuse de son chanteur Pierre Le Bourdonnec.

Leur style potache a évolué vers des titres engagés. Ils sont passés du festif « Nains de jardins » à des titres magnifiques et engagés comme Nomades.

Note: Ce morceau est aussi dans ma playlist Chauve the world, qui commence à regrouper un petit paquet d'artistes chauves 😉

MERZHIN - Nomades feat. Kemar

Inspiration

J’avais déjà partagé une vidéo de la chaine Fouloscopie sur les mouvements de foules, animé par le talentueux chercheur Mehdi Moussaid, foulologue. Sa dernière vidéo est tout aussi passionnante et illustre un autre aspect des comportements collectifs au travers d’une passionnante introduction aux essaims robotiques.

Comment fonctionne un ESSAIM de robots ?

À suivre

Le week-end dernier, je me suis laissé happer par « Le Funambule », le documentaire de la BBC sur Philippe Petit et sa traversée sur un fil entre les tours jumelles en 1974. Je vous le recommande. Sa passion, sa folie est communicative et c’est un shoot d’énergie, d’émotion et d’espoir. Le documentaire a reçu de nombreux prix, dont un Oscar, et c’est totalement mérité.

Je vous souhaite un merveilleux week-end !

— mikl 🙏

Le Flow — la lettre

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Toutes les deux semaines, je partage le Flow : mes textes de fiction en avant-première, mes réflexions sur l'écriture, et ce que trente ans dans les infrastructures m'apprennent sur la technologie.

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