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infrastructures & fictions
Le Flow 96 18 décembre 2021 4 min de lecture

Le point final et l’angoisse du vide

Où je vous parle d'écriture, de nostalgie et de doute, de Sting, de James Cameron et Denis Villeneuve.


Alors, comment se passe votre week-end ?

Auteurs, autrices, je crois qu’elle arrive à tous, cette phase de nostalgie qui nous engloutit lorsqu’on termine un texte.

Il faut dire au revoir à son univers, à ses personnages, accepter de quitter un lieu magnifique, dire au revoir à ses amis pour retrouver son quotidien. Comme une maison désertée après la fête, la tête reste vide, pour un temps.

Un temps court, car il n’est pas possible d’arrêter d’écrire. Pas possible d’arrêter, car il faut à nouveau créer ces images, c’est une forme de drogue qui évite le manque. Une fuite ? Je ne crois pas, plutôt une quête. Mais une quête de quoi ?

Il y a des dizaines de bonnes raisons d’écrire. Beaucoup d’auteurs, d’autrices cherchent une rencontre, une communion avec les lecteurs. Aller vers l’autre pour dire ce que l’on ne peut exprimer qu’au travers d’une histoire. Écrire pour être lu, être lu pour toucher quelqu’un. Ouvrir sans le dire les portes de notre esprit et de notre cœur.

Les auteurices se comprennent. Ils savent la part que chacun met dans ses textes. Ils ont vécu l’immersion, la forme d’hypnose, de transe, cet état de conscience modifié où l’on plonge au plus profond de soi, où le monde disparait, où ne restent que les doigts sur le clavier qui transcrivent l’expérience indicible.

Pourtant, malgré cette communauté d’expérience, il reste le doute. Toujours. De cette plongée, l’écrivain revient à bout de souffle. Il inspire l’air d’un grand coup à s’en bruler les poumons. D’une main vers le ciel, il tient fièrement cette perle qu’il a trouvée au fond de lui. Mais que vaut-elle ? Sa beauté est-elle une illusion ?

Dans la nostalgie qui nous engloutit après un texte, il y a ce doute. Il concerne tous les artistes, à toutes les stades de leur parcours. Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 pour « Leurs Enfants après Eux », en parle très bien. Dans le podcast Bookmakers, il dit :

Ce n’est pas un retour sur investissement que j’attendais. C’est la parole presque d’un prêtre, performative. « Tu es un écrivain. Tu as ta place. » (Bookmakers: Nicolas Mathieu (2/3) -> 37:26)

Le syndrome de l’imposteur est devenu un lieu commun. On le brandit pour un rien. Je n’aime pas ce mot tant il minimise la douleur de ce doute existentiel. Ici, on comprend que c’est plus que ça. Il est question de sa place, de savoir si l’on utilise bien son temps, de comprendre pourquoi on fait ce que l’on fait, de rechercher une forme de validation. Est-ce que j’écris, vraiment ? Est-ce que j’existe ?

Le paradoxe ? L’antidote à ce doute est l’écriture. Nicolas Mathieu toujours :

À chaque fois que l’on n’écrit pas, on a peur de ne plus jamais y arriver. […] Quand je n’écris pas, j’ai l’impression que je ne pourrais plus jamais écrire. Et quand j’écris, je n’ai pas vraiment l’impression d’écrire. Quand je fais mes mille mots par jour, c’est tellement laborieux, hiératique, entrecoupé. Je n’ai pas l’impression d’écrire et pourtant à la fin, il y a du texte qui est produit. Bookmakers: Nicolas Mathieu (3/3) -> 03:16

Je sais déjà que l’on retrouvera, un jour, Edgar, Adèle et LivIA, les personnages de « Maudite IA » et de « Vie Argentique », un jour peut-être Vince aussi de « Ciel de Plomb ». En attendant, je travaille sur mon roman et passe du temps avec Attale, Élya et Unlusoy. Et j’ai hâte de pouvoir vous les présenter.


Podcast

La semaine prochaine, le podcast Double Vie reçoit Sam Cornell, auteur de « La Colission des Mondes » chez Livr’S.

Pour patienter, j’ai enregistré un petit teaser dans lequel je vous lis quatre passages de son roman, démontrant les genres très différents qu’il y déploie.

Et bien sûr, si ce n’est pas déjà fait, vous pouvez écouter le podcast de la semaine dernière avec Ugo Bellagamba, historien du droit, auteur de romans et de nouvelles dans le domaine de l’imaginaire.

🎧 À écouter sur la chaine YouTube Double Vie.

À retrouver également sur Apple Podcast et le site Double Vie.

La dose de flow

Musique

La voix de Sting devient de plus en plus intéressante. Elle reste magnifique, mais gagne en profondeur, en graves, en gravité. Sting a donné pour Arte un concert au Panthéon, rendant un bel hommage aux lieux, et à l’artiste.

Je suis moins fan des nouveaux morceaux, je vous recommande donc les morceaux Shape of my Heart, Fragile, Message in a Bottle et sa reprise de The Dock of the Bay.

🎧 Sting au Panthéon

Inspiration

Voici une discussion passionnante (en anglais) entre les réalisateurs James Cameron et Denis Villeneuve. Ils parlent du cinéma, de leur amour pour un cinéma spectaculaire, qui fait vivre une expérience aux spectateurs, un cinéma qui laisse sa place à la création d’univers complets.

La discussion est passionnante, à lire et voir en vidéo : James Cameron and Denis Villeneuve Talk ‘Avatar,’ ‘Dune’ and the Future of Movies.

À suivre

C’est avec une grande impatience, que je vais retrouver dimanche mes ami•es de notre groupe d’écriture. Au programme, un bel échange à venir sur nos projets respectifs, et une belle session de travail.

Je vous souhaite un merveilleux week-end !

— mikl 🙏

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Toutes les deux semaines, je partage le Flow : mes textes de fiction en avant-première, mes réflexions sur l'écriture, et ce que trente ans dans les infrastructures m'apprennent sur la technologie.

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