Est-il bien ou mal de transgresser les règles ?
Vaste question, n’est-ce pas ?
Qu’elle est votre premier réflexe ? Votre première tentation ?
Est-ce que la transgression peut se justifier ?
Instinctivement, il y a de bonnes chances qu’en l’absence de plus d’informations sur le contexte, vous soyez appelé à répondre que la transgression est à proscrire. « La société a des règles. Il faut les respecter, sinon, c’est le chaos. », me direz-vous peut-être.
C’est normal. L’école ne nous apprend pas la transgression. Elle nous apprend qu’il y a des règles et qu’il faut les suivre pour réussir.
Est-ce un mensonge ? Pas vraiment, les règles font partie de notre contrat social. Même en école d’art, la transgression ne s’enseigne pas. L’artiste en devenir sait qu’elle existe, que c’est un « outil » dans sa palette. Hélas, par essence, seules les règles peuvent être transmises.
Personne, par définition, ne nous apprend la transgression.
Et si la transgression pouvait être positive, on nous l’aurait dit, non ? Avec les mises en garde nécessaires, en dernière année de nos études, dans la catégorie « Techniques avancées pour aborder la vie ». Mais, l’éducation nous lâche en rase campagne avec pour manuel de survie, un mode d’opération simple : comprend les règles et applique-les.
Pourtant, il y a peut-être une part de vous qui ressent l’appel de la liberté que le mot évoque, le frisson que provoque l’idée d’une petite entorse aux règlements. Qu’est-ce que ce frisson ? Et si c’était l’appel de la vie
Bien sûr, je ne parle pas ici de violer des lois, des règles légales ou même des commandements moraux. Ne pas voler, ne pas tuer sont des invariants.
Et même, nous naissons et sommes éduqués avec un certain nombre de limites morales qui guident notre action, qui font ce que nous sommes. Nous ne pouvons pas sortir de ce cadre personnel sans nous renier, ou au moins nous réinventer.
Lorsqu’on pense transgression, on pense surtout à la création artistique, à ces œuvres qui ont marqué les esprits, car elles étaient différentes. Est-ce que cela ne s’applique qu’à l’art ?
Je ne crois pas.
Nous avons l’impression que la vie est une sorte de jeu dans lequel il y a des règles que nous devons accepter, alors que ce sont juste des principes, des guides édictés par d’autres.
Pourtant, pour une grande part, nos actions et de nos décisions sont libres. Nous nous imposons l’essentiel de nos contraintes parce que nous croyons que nous devons jouer en respectant des règles, sans savoir d’où elles viennent.
La transgression, c’est apprendre à trier parmi ces règles, comprendre celles qui nous servent et celles qui brident notre potentiel, pour essayer de les changer et de les réinventer. La transgression, c’est le vrai jeu de la vie.
La vie doit être créative, pas seulement pour créer des œuvres ou inventer des histoires, mais pour utiliser sa capacité à voir le monde différemment… Et pour changer les règles que l’on s’impose.
L’humain est adaptable. Vivre, c’est sans cesse inventer de nouvelles règles. C’est refuser de suivre un processus qui joue contre nous.
Les recrutements, les contrats, les appels d’offres, la vente, la négociation sont typiquement des domaines dans lesquels les règles sont des illusions qui visent à maintenir un ordre des choses, une logique dans le fonctionnement du monde, une illusion de cohérence et de rationalité. Mais le monde ne fonctionne pas d’une seule façon.
Par exemple, les règles d’un process de recrutement vous semblent très défavorables pour une personne ayant votre profil ? Tentez de les bouleverser. Ces règles n’ont rien d’immuable. Prenez le contrôle du process et montrez que vous ne pouvez pas être comparé de manière juste dans le process actuel. Relancez, faites les tests différemment, sortez du cadre. Inventez. Cassez les règles pour montrer que le jeu est biaisé.
Je me souviens par exemple qu’en 2012, ma société a gagné un gros appel d’offre pour la BBC, pour assurer leur nouveau service de notifications push pendant cinq ans. Nous n’avions pas un tel système prêt, mais nous étions experts du domaine. Je savais que nous pouvions produire l’outil le plus performant et stable. Mais comment gagner en partant de zéro, face à des acteurs établis ? Nous avons alors repris une marque sur la notification push, Boxcar. La partie technique était inutilisable, mais la marque nous donnait une légitimité. Nous avons développé le service à une vitesse incroyable. Et nous avons ensuite répondu à l’appel d’offres avec un modèle de prix non pas en volume de notifications envoyées, mais sur un modèle illimité, en jouant sur la vitesse de notification, le nombre de push envoyés par minute. Cela a rendu notre offre incomparable aux autres. Le prix était fixe, quel que soit le nombre de notifications envoyées, au prix d’un ralentissement si les volumes augmentaient, avec une option pour passer à un nouveau palier de vitesse.
Nous n’avions sur le papier aucune chance, mais nous avons remporté le marché parce que nous avons proposé de changer les règles. Et la BBC a eu pendant cinq ans un service ultra personnalisé et performant. Tout le monde y a gagné.
Est-ce que la créativité est une recette magique ?
Bien sûr que non. D’abord, parce qu’on n’est pas toujours pertinents. Ensuite parce que parfois les maîtres du jeu ne voudront pas changer les règles pour nous. D’autres fois, même en changeant les règles, ce ne sera pas suffisant pour obtenir ce que nous souhaitons.
Qu’est-ce que tout cela signifie ?
La transgression fait partie intégrante du jeu de la vie. C’est un espace dans lequel vient se nicher l’espérance. Travailler sa créativité, ce n’est pas juste se faire plaisir pour s’épanouir. C’est comprendre le monde, jouer avec ses règles, les réinventer pour proposer une autre vision. Les créatifs ne sont pas que des rêveurs. Ce sont ceux qui définissent les règles du monde de demain, pour eux et pour les générations futures.
Podcast
Cette semaine, le podcast Double Vie reçoit Emmanuel Chastellière. Emmanuel est une personnalité à la fois discrète et incontournable de la communauté de l’imaginaire en France. Co-fondateur du site Elbakin, traducteur de roman de fantasy et de romans jeunesse, c’est aussi un auteur prolifique, nouvelliste et romancier qui passe avec aisance d’un genre à l’autre.
🎧 À écouter sur la chaîne YouTube Double Vie.
À retrouver notamment sur Apple Podcast, Spotify et le site Double Vie.
Vous pouvez également écouter ma lecture du début de son recueil dans l’univers de Célestopol.
La dose de flow
Musique
Une fois n’est pas coutume, cette semaine, je voulais partager un peu de classique. Mozart plus précisément, enfin, Mozart qui rencontre la musique égyptienne.
En 1997, Hugues de Courson a mélangé la musique de Mozart, jouée par un orchestre symphonique bulgare, avec des sonorités de musique arabe.
Cela donne l’album intemporel « Mozart l’Égyptien ».
L’album me met dans une ambiance créative parfaite pour écrire !
Je vous laisse avec l’interprétation de la Symphonie No. 25. Bonne écoute !
Inspiration
J’ai écrit cette semaine une petite chronique sur le bouquin de David Meulemans sur l’écriture, Écrire Son Premier Roman en Dix Minutes Par Jour.
Ne vous fiez pas au titre provocant dont l’ironie n’apparaît qu’en ouvrant le livre. C’est une réussite, qui condense des conseils d’écriture justes, sans enfoncer de portes ouvertes.
👉 « Écrire Son Premier Roman en Dix Minutes Par Jour », par David Meulemans
Bon marathon d’écriture à celles et ceux qui se lancent dans le Camp Nanowrimo du mois d’avril !
À suivre
Je suis revenu de mon escapade créative à Biarritz. Entre-temps, l’hiver est revenu pour quelques jours.
J’ai réussi à continuer à progresser sur mon texte. Quel est mon nouvel objectif ? Parvenir à un premier jet fin avril. C’est court ? Oui, mais je sens qu’il me faut tirer parti de l’élan de ma semaine biarrote, canaliser l’énergie pour faire aboutir ce texte.
Alors, j’ai encore pas mal de travail dans les jours qui viennent.
En attendant, je vous souhaite un merveilleux week-end !
— mikl 🙏